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Décryptage · Technologie

L'IA juridique au cabinet : usages, règles et limites

Transcription, compte rendu, recherche, rédaction : ce que l'IA fait au cabinet, ce que la déontologie exige et ce que le règlement européen impose.

Rédaction Visio-AvocatsPublié le Mis à jour le 7 min de lecture10 sources citées
Dans cet article9

En bref

L'IA aide aujourd'hui l'avocat à transcrire un entretien, préparer un compte rendu, retrouver un texte ou une décision et produire un premier projet de document. La déontologie ne l'interdit pas : le guide adopté par le Conseil national des barreaux en mars 2026 en fixe les conditions, dont la protection du secret, la vérification de chaque résultat et l'information du client. Le règlement européen sur l'IA, applicable pour l'essentiel depuis le 2 août 2026, demande déjà aux cabinets qui utilisent ces outils de soutenir la maîtrise de l'IA par leurs équipes.

Points clés

  • Quatre usages dominent : transcription et compte rendu, recherche de textes et de décisions, premiers projets de documents, synthèse de pièces.
  • Le guide du CNB de 2026 rappelle les principes en jeu : secret professionnel, RGPD, compétence, prudence, indépendance, information du client, juste fixation des honoraires.
  • Chaque référence produite par une IA se vérifie sur Légifrance ou Judilibre avant usage.
  • Le fournisseur d'un outil qui reçoit des données de clients est un sous-traitant du cabinet, lié par un contrat conforme à l'article 28 du RGPD.
  • Le règlement omnibus de juillet 2026 a reporté au 2 décembre 2027 les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III.

Ce que l'IA fait au cabinet

Derrière l'expression « IA juridique », quatre usages concrets reviennent.

  • La transcription et le compte rendu : l'échange avec le client est transcrit, avec son accord, puis un projet de compte rendu est préparé pour relecture.
  • La recherche : retrouver un article, une décision, un délai, à partir d'une question formulée en langage courant.
  • Les premiers projets : un courrier, une clause, un plan de conclusions, que l'avocat reprend ensuite.
  • La synthèse de pièces : résumer un échange de courriers ou un contrat long pour gagner du temps de lecture.

Dans tous ces cas, l'outil produit un projet. Il ne remplace ni l'analyse ni la signature de l'avocat.

Ce que dit la profession

Le Conseil national des barreaux a adopté, lors de son assemblée générale des 12 et 13 mars 2026, un guide intitulé « La déontologie et l'intelligence artificielle », publié en avril 2026. Il prolonge le guide pratique sur les systèmes d'IA générative publié par le CNB en 2024. Le guide rappelle les exigences qui ne changent pas avec l'outil : la protection du secret professionnel, le respect du RGPD, la compétence, la prudence, l'indépendance, l'information du client et la juste fixation des honoraires. Il recommande de privilégier la pseudonymisation et l'anonymisation des données, et de vérifier systématiquement les résultats produits.

Le secret et les données

L'article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971 couvre en toutes matières les consultations, les correspondances et les pièces du dossier. Saisir le contenu d'un dossier dans un outil d'IA revient à le confier à un tiers. Avant d'adopter un outil, quatre questions : où les données sont-elles traitées, servent-elles à entraîner un modèle, qui sont les sous-traitants du fournisseur, et quel droit s'applique à lui ? Lorsque l'outil reçoit des données personnelles de clients, son fournisseur est un sous-traitant du cabinet : l'article 28 du RGPD impose un contrat. La CNIL publie des questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative par un organisme.

La vérification

Un outil d'IA générative produit un texte plausible, qui n'est pas pour autant vérifié. Il peut citer un article qui n'existe pas, prêter à une décision une solution qu'elle ne contient pas, ou mélanger deux versions d'un texte. La vérification porte sur quatre points : l'existence du texte ou de la décision, l'exactitude de la référence, le contenu réel, et la version en vigueur à la date utile.

La responsabilité et les honoraires

L'avocat répond du conseil qu'il donne, quel que soit l'outil qui a préparé le projet. Les honoraires restent fixés selon les critères de l'article 10 de la loi de 1971 : le temps facturé correspond au temps réellement passé, et si un outil réduit durablement le temps d'une tâche, c'est le forfait ou le taux convenu qui se discute avec le client.

Ce que dit le règlement européen

Le règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle est entré en vigueur le 1er août 2024 et s'applique par étapes :

DateCe qui s'applique
2 février 2025Les pratiques interdites et l'obligation de maîtrise de l'IA (article 4)
2 août 2025Les règles sur les modèles d'IA à usage général
2 août 2026L'essentiel du règlement
2 décembre 2027Les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III, depuis le report décidé par le règlement omnibus
2 août 2028Les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe I

Le règlement (UE) 2026/1744, dit omnibus numérique sur l'IA, est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Outre ces reports, il réécrit l'article 4 : les fournisseurs et les déployeurs prennent des mesures pour soutenir la maîtrise de l'IA de leur personnel et des personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte. Un cabinet qui utilise un système d'IA sous sa propre autorité est un déployeur au sens du règlement. Pour la plupart des cabinets, l'exigence concrète aujourd'hui est donc de former les personnes qui utilisent les outils et de garder la trace de ce qui a été fait.

Les limites à garder en tête

  • L'outil ne perçoit pas le non-dit : ni l'hésitation du client, ni ce qu'il n'a pas osé dire.
  • L'outil ne connaît pas le dossier au-delà de ce qu'on lui donne ; un résultat juste en général peut être faux dans le cas d'espèce.
  • L'outil ne vérifie pas toujours ses sources : un résultat présenté avec assurance n'est pas une source.
  • L'outil n'a pas d'indépendance à défendre : l'orientation d'une stratégie reste le travail de l'avocat.

Comment Visio-Avocats applique ces règles

Avec les offres Pro et Cabinet, le copilote juridique affiche pendant la consultation les articles et les décisions utiles, avec leur texte officiel issu de Légifrance et de Judilibre ; une référence qui n'a pas pu être retrouvée est marquée « À vérifier », et un arrêt introuvable n'est jamais affiché. Le client ne voit que ce que l'avocat décide de lui montrer. La transcription ne démarre qu'après l'accord de chaque participant, et le compte rendu ne part jamais au client sans la relecture de l'avocat. Le fournisseur d'IA est Mistral, entreprise française, avec un traitement dans l'Union européenne ; les consultations ne servent à entraîner aucun modèle. Le détail est sur la page copilote juridique, et les règles de fond dans le guide IA générative et déontologie de l'avocat.

Ce que le cabinet doit faire

  1. Faire la liste des outils d'IA utilisés au cabinet, y compris les usages individuels.
  2. Obtenir de chaque fournisseur, par écrit, le lieu de traitement, l'usage des données pour l'entraînement et la liste des sous-traitants.
  3. Signer un contrat conforme à l'article 28 du RGPD avec chaque fournisseur qui reçoit des données de clients.
  4. Écrire les règles du cabinet : pseudonymisation, vérification des références, relecture, information du client.
  5. Former les personnes qui utilisent les outils et garder la trace de la formation.
  6. Indiquer dans la convention d'honoraires les outils utilisés et la façon de s'y opposer.

Questions fréquentes

Un avocat peut-il utiliser un outil d'IA générative grand public ?
La déontologie n'interdit pas l'IA générative, mais le guide du CNB demande de ne pas transmettre d'informations confidentielles à des outils qui n'offrent pas des garanties de confidentialité suffisantes, de privilégier la pseudonymisation et de vérifier chaque résultat.
Le règlement européen sur l'IA s'applique-t-il aux cabinets ?
Oui, comme déployeurs des systèmes qu'ils utilisent. L'exigence concrète la plus immédiate est celle de l'article 4, réécrit par le règlement omnibus de 2026 : prendre des mesures pour soutenir la maîtrise de l'IA de ceux qui utilisent les outils.
Faut-il dire au client qu'on utilise l'IA ?
L'information du client fait partie des principes que le guide du CNB rattache à l'usage de l'IA. La convention d'honoraires peut indiquer les outils utilisés et la façon de s'y opposer.
Quand s'appliquent les obligations des systèmes à haut risque ?
Depuis le règlement omnibus entré en vigueur le 27 juillet 2026 : le 2 décembre 2027 pour les systèmes de l'annexe III et le 2 août 2028 pour ceux de l'annexe I.

Sources

Les textes et publications sur lesquels s'appuie l'article, vérifiés le 23 septembre 2026.

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    Commission européenne

    AI Omnibus enters into force
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    Commission européenne (AI Act Service Desk)

    Timeline for the implementation of the EU AI Act
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Visio-Avocats

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Avec l'accord du client, l'échange est transcrit. Les textes cités portent leur lien Légifrance ou Judilibre, ce qui n'a pas pu être vérifié est marqué « À vérifier », et rien ne part au client sans votre relecture.

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