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Guide de fond · IA et déontologie

IA générative au cabinet : ce que permet la déontologie

Secret professionnel, vérification des résultats, information du client, honoraires et règlement européen sur l'IA : les règles d'usage, d'après les guides du CNB et de la CNIL.

Mis à jour le 12 min de lectureGuide gratuit, lisible en entier
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En bref

La déontologie n'interdit pas à l'avocat d'utiliser l'IA générative ; elle en fixe les conditions : protéger le secret professionnel et les données du client, vérifier chaque résultat avant de s'en servir, rester seul responsable du conseil, informer le client et fixer justement les honoraires. Le Conseil national des barreaux a adopté en mars 2026 un guide consacré à la déontologie et à l'intelligence artificielle, et le règlement européen sur l'IA demande déjà aux cabinets qui utilisent ces outils de prendre des mesures pour que leurs équipes les maîtrisent.

Points clés

  • Le guide du CNB, adopté lors de l'assemblée générale des 12 et 13 mars 2026, rappelle les principes en jeu : secret professionnel, RGPD, compétence, prudence, indépendance, information du client et juste fixation des honoraires.
  • Aucune information confidentielle ne va dans un outil qui n'offre pas des garanties de confidentialité suffisantes ; la pseudonymisation ou l'anonymisation se fait avant la saisie.
  • Chaque résultat se vérifie avant usage : un article, une décision, une citation se contrôlent sur Légifrance ou Judilibre.
  • Le fournisseur d'un outil qui reçoit des données de clients est un sous-traitant du cabinet au sens du RGPD, lié par un contrat.
  • Le règlement (UE) 2024/1689 s'applique depuis le 2 août 2026 ; le règlement omnibus de juillet 2026 a reporté au 2 décembre 2027 les obligations des systèmes à haut risque de l'annexe III.

Ce que dit la profession

Le Conseil national des barreaux a adopté, lors de son assemblée générale des 12 et 13 mars 2026, un guide pratique intitulé « La déontologie et l'intelligence artificielle », dont la première édition a été publiée en avril 2026. Il identifie les usages que ces outils permettent et rappelle les exigences qui ne changent pas : la protection du secret professionnel, le respect du RGPD, la compétence, la prudence, l'indépendance, l'information du client et la juste fixation des honoraires.

Le guide recommande une approche encadrée : privilégier la pseudonymisation et l'anonymisation des données, vérifier systématiquement les résultats produits, et respecter les principes de sécurité et de confidentialité. Il s'appuie sur des exemples jurisprudentiels récents. Il prolonge le guide pratique d'utilisation des systèmes d'IA générative que le CNB avait publié en 2024.

Le secret professionnel et les données du client

Les consultations, les correspondances et les pièces du dossier sont couvertes par le secret professionnel en toutes matières (article 66-5 de la loi du 31 décembre 1971). Saisir le contenu d'un dossier dans un outil d'IA revient à le confier à un tiers : il faut donc savoir à qui l'outil transmet ce qu'on y saisit.

Le guide du CNB demande de ne pas transmettre d'informations confidentielles à des outils qui n'offrent pas des garanties de confidentialité suffisantes. Lorsque l'outil reçoit des données personnelles de clients, son fournisseur agit comme sous-traitant du cabinet : l'article 28 du RGPD impose un contrat qui encadre le traitement, la sécurité et le sort des données. La CNIL publie des questions-réponses sur l'utilisation d'un système d'IA générative par un organisme.

  • Les données saisies servent-elles à entraîner ou améliorer le modèle ? Peut-on l'exclure par contrat ?
  • Où les données sont-elles traitées et conservées, et pendant combien de temps ?
  • Quels sont les sous-traitants du fournisseur, et quel droit s'applique à lui ?
  • Un contrat conforme à l'article 28 du RGPD est-il signé ?
  • Peut-on travailler sur des données pseudonymisées sans perdre l'utilité de l'outil ?

Vérifier avant de s'en servir

Un outil d'IA générative produit un texte plausible, qui n'est pas pour autant vérifié : il peut citer un article qui n'existe pas, attribuer à une décision une solution qu'elle ne contient pas, ou mélanger deux versions d'un texte. La vérification systématique que recommande le CNB tient en quatre contrôles.

  1. L'existence : le texte ou la décision existe-t-il ? Recherchez-le sur Légifrance ou Judilibre à partir de sa référence.
  2. La référence : le numéro d'article, la date, la juridiction et le numéro de pourvoi correspondent-ils ?
  3. Le contenu : la solution ou la règle attribuée figure-t-elle dans le texte ou la décision elle-même, et non dans un résumé ?
  4. L'actualité : le texte est-il en vigueur à la date utile, la décision n'a-t-elle pas été remise en cause ?

Rester responsable du conseil

Un projet de conclusions, une recherche ou un compte rendu produits par l'IA engagent l'avocat qui les signe ou les envoie, comme un projet préparé par un collaborateur. La compétence et la prudence que rappelle le guide du CNB supposent de comprendre ce que fait l'outil, ses limites, et de relire intégralement ce qui part au client ou au juge.

L'indépendance joue aussi : un outil qui oriente la stratégie à partir de critères qu'on ne connaît pas ne doit pas se substituer au raisonnement de l'avocat.

Informer le client

L'information du client fait partie des principes que le guide du CNB rattache à l'usage de l'IA. Le guide aborde les clauses à prévoir : respect du secret professionnel, des règles déontologiques et de la protection des données, absence de transmission d'informations confidentielles à des outils sans garanties suffisantes, information du client sur les risques liés à l'IA.

En pratique, la convention d'honoraires peut indiquer quels outils le cabinet utilise, dans quelles conditions, et comment le client peut s'y opposer pour son dossier.

Les honoraires

Les honoraires se fixent selon les critères de l'article 10 de la loi de 1971 : la situation de fortune du client, la difficulté de l'affaire, les frais exposés, la notoriété et les diligences de l'avocat. Le guide du CNB range la juste fixation des honoraires parmi les exigences que l'IA ne modifie pas.

Deux règles simples en découlent. Le temps passé facturé correspond au temps réellement consacré au dossier. Et si un outil réduit durablement le temps d'une tâche, c'est le forfait ou le taux convenu qui se discute avec le client, dans la convention.

Le règlement européen sur l'IA

Le règlement (UE) 2024/1689 sur l'intelligence artificielle est entré en vigueur le 1er août 2024 et s'applique par étapes : les pratiques interdites et l'obligation de maîtrise de l'IA depuis le 2 février 2025, les règles sur les modèles d'IA à usage général depuis le 2 août 2025, et l'essentiel du texte depuis le 2 août 2026. Un cabinet qui utilise un système d'IA sous sa propre autorité est un « déployeur » au sens du règlement.

Le règlement (UE) 2026/1744, dit omnibus numérique sur l'IA, est entré en vigueur le 27 juillet 2026. Il reporte au 2 décembre 2027 les obligations applicables aux systèmes à haut risque de l'annexe III, et réécrit l'article 4 : les fournisseurs et les déployeurs prennent des mesures pour soutenir la maîtrise de l'IA de leur personnel et des personnes qui utilisent les systèmes pour leur compte.

Pour la plupart des cabinets, l'exigence concrète est donc aujourd'hui celle de l'article 4 : former les personnes qui utilisent les outils et documenter ce qui a été fait.

Choisir un outil pour le cabinet

  • Un fournisseur qui ne réutilise pas les données saisies pour entraîner ses modèles, par contrat.
  • Un traitement dans l'Union européenne et un fournisseur dont le droit applicable est connu.
  • Des résultats juridiques qui renvoient à leurs sources officielles, pour que la vérification prenne quelques secondes.
  • La possibilité de couper l'outil pour un dossier ou une partie de consultation.
  • Une relecture de l'avocat avant tout envoi au client.

Dans Visio-Avocats

Le copilote juridique (offres Pro et Cabinet) affiche pendant la consultation les articles et la jurisprudence utiles, vérifiés sur Légifrance et Judilibre ; le compte rendu ne part jamais au client sans votre relecture. Le fournisseur d'IA est Mistral, entreprise française, avec un traitement dans l'Union européenne, et les données des consultations ne servent pas à entraîner de modèle. Avec l'offre Cabinet, le mode confidentiel coupe l'IA le temps d'une consultation sensible. Le détail est sur la page Copilote juridique.

La check-list de l'IA au cabinet

  • Recenser les outils d'IA utilisés au cabinet, y compris ceux qu'un collaborateur utilise de sa propre initiative.
  • Pour chacun : réutilisation des données, lieu de traitement, sous-traitants, contrat conforme à l'article 28 du RGPD.
  • Écrire une règle simple : ce qui peut être saisi, ce qui ne l'est jamais, ce qui doit être pseudonymisé.
  • Vérifier chaque référence produite par l'IA sur Légifrance ou Judilibre avant tout usage.
  • Relire intégralement tout document préparé avec l'IA avant de le signer ou de l'envoyer.
  • Informer les clients de l'usage des outils, dans la convention d'honoraires.
  • Facturer le temps réellement passé, et revoir le forfait si l'outil change durablement la charge de travail.
  • Former l'équipe à ces règles et le documenter (article 4 du règlement européen sur l'IA).
  • Inscrire chaque outil qui traite des données de clients au registre des traitements.

Questions fréquentes

La déontologie interdit-elle l'usage d'outils d'IA générative grand public ?
Non, mais elle en fixe les conditions : le guide du CNB demande de ne pas transmettre d'informations confidentielles à des outils qui n'offrent pas des garanties de confidentialité suffisantes, de vérifier chaque résultat et de rester responsable du conseil.
Faut-il informer le client de l'usage de l'IA ?
L'information du client fait partie des principes que le guide du CNB rattache à l'usage de l'IA. La convention d'honoraires peut indiquer les outils utilisés et les conditions de leur usage.
Le règlement européen sur l'IA s'applique-t-il à un cabinet d'avocats ?
Oui, au titre de déployeur, pour les systèmes utilisés sous son autorité. L'obligation la plus concrète pour un cabinet est celle de l'article 4, dans sa rédaction issue du règlement (UE) 2026/1744 : prendre des mesures pour soutenir la maîtrise de l'IA de son personnel.
Comment vérifier une jurisprudence proposée par une IA ?
Recherchez la décision sur Judilibre ou Légifrance à partir de sa référence, contrôlez la date, la juridiction et le numéro, puis lisez la décision elle-même pour vous assurer qu'elle contient bien la solution attribuée.

Sources

Les textes et publications sur lesquels s'appuie ce guide, vérifiés le 23 septembre 2026.

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    Commission européenne

    AI Omnibus enters into force
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    Commission européenne (AI Act Service Desk)

    Timeline for the implementation of the EU AI Act

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Visio-Avocats

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